mercredi 15 octobre 2014

Du Pays de Courbet à celui de Pasteur, de l’absinthe au vin d’Arbois


Voyage culturel des 23 et 24 août 2014. En autocar, départ d’Epinal le 23 à 7h, retour le 24 à 20h.

Un compte rendu détaillé de ce voyage sera publié comme il est d’usage dans les prochaines Annales de l’Emulation.

En attendant, de mémoire (enfin presque...), quelques impressions personnelles d’un participant :

 

Le Musée Courbet à Ornans
La Loue à Ornans
Le programme commence à Ornans par un petit temps gris. Le vieux musée Courbet a laissé place à une réalisation lumineuse qui marie le verre et l’acier à la vieille pierre de la maison du peintre, et la rigueur géométrique aux reflets changeants de la Loue.

A l’intérieur, les collections permanentes bénéficient d’un accrochage plutôt réussi, à quelques contre-jours près. Une progression pédagogique soutenue par un commentaire de qualité fait vivre les toiles de Courbet, de ses maîtres et de quelques suiveurs. Artiste engagé à la fois célébré par le monde et victime de la petitesse de celui-ci, Courbet lui-même nous apparaît ici dans son génie et ses contradictions. Annoncée comme elle le mérite, l’exposition temporaire est construite autour de « L’origine du monde », œuvre célébrissime s’il en est. Un cheminement intelligent conduit le visiteur pensif au profond mystère de ce tableau unique qui n’a rien perdu de sa puissance subversive.




Pontarlier, 8 rue de la République
Après un excellent repas dans un restaurant dominant la haute vallée de la Loue et sous un soleil intermittent, le voyage passe par Pontarlier, son patrimoine XVIIe et XVIIIe siècles et son musée de l’absinthe. En sortant de là, on sait tout et même davantage sur la fameuse fée verte. Mais ce musée présente également une intéressante collection de peintres de l’École comtoise de l’entre-deux guerres. On y trouve d’indéniables réussites dues à de véritables talents au service d’une peinture faussement réaliste, ombrée parfois d’un léger sfumato, étrange et dérangeante, qui développe les thématiques du travail et de la terre dans un esprit qui connaîtra le succès que l’on sait dans les premières années quarante. Dans un tout autre registre, une exposition sur les Celtes au premier Âge du fer permet d’admirer la créativité et l’habileté des artistes de ces civilisations perdues dont nous aurions tort de sous-estimer le raffinement et la complexité.




Château de Joux, Vauban n'est pas loin
Quelques marches...
C’est un jeune guide aussi compétent que sympathique qui nous fait découvrir le Château de Joux. Après une succession d’enceintes, de portes, et d’escaliers, la vue du haut de la forteresse permet une révision des connaissances en géomorphologie jurassienne, un peu limitée toutefois par un ciel bouché et un début d’averse. Mais l’intérieur a d’autres ressources. Des escaliers certes, qui montent ou qui descendent, et des prisons hantées par la triste Berthe de Joux, victime attendrissante d’un injuste jaloux, Toussaint Louverture, victime politique d’un despote esclavagiste (*), et Mirabeau, victime familiale d’un père lassé de ses dépenses et de son obstination à fabriquer des cocus. Quelques salles abritent une remarquable collection d’armes anciennes, très bien installées et présentées.




Petit matin sur le lac de Saint-Point

Après un diner et une nuit confortable dans un hôtel de Malbuisson, les bancs de brume résistent comme ils peuvent aux attaques du soleil sur le lac de Saint-Point, et l’on regrette de n’être pas Coleridge ou Lamartine pour en parler mieux. Le chauffeur du car met le beau temps à profit pour nous conduire à Salins-les-Bains par un chemin des écoliers dont il a presque le secret. C’est vraiment beau, simplement, et la descente dans la vallée de la Furieuse, magnifique.







De la saumure au sel
La force hydraulique
L’intérêt du voyage ne faiblit pas. La visite de la grande saline, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, s’il-vous-plaît, révèle un des très rares endroits au monde où il est possible de voir des installations industrielles de production du sel, telles qu’elles ont fonctionné pendant plusieurs siècles, et jusqu’il y a quelques décennies seulement. Un excellent guide a su donner vie à cet ensemble de machines et de bâtiments en évoquant aussi bien les aspects techniques et économiques de cette industrie que la vie quotidienne des hommes et des femmes qui y travaillaient.





Le jardin de Pasteur

Restaurés au Casino de Salins-les-Bains, il nous restait une étape : Arbois, ses vignobles et son grand homme.

Le passage par la maison de Pasteur (le grand homme, c'est lui) a quelque chose d’émouvant qui mettrait presque mal à l’aise. On est saisi du contraste entre cet intérieur bourgeois avec ses fauteuils Louis-Philippe et l’universalité de l’œuvre de l’occupant des lieux. Heureusement qu’il y a le laboratoire pour faire savant et le jardin au bord de l’eau pour respirer.






Les chais
Enfin, c’est un vigneron passionné par son métier qui nous fait découvrir ou redécouvrir l’étonnante palette des vins d'Arbois. Il décrit la variété des cépages, bourguignons comme le Pinot ou le Chardonnay, mais aussi spécifiques comme l’emblématique Savagnin ou les plus méconnus Poulsard et Trousseau. Il explique les vinifications originales du Vin jaune, si particulier, ou du Vin de paille, ce blanc liquoreux extrait de fruits passerillés secs comme des raisins de Corinthe. C’est juste dommage que l’attention d’une partie de l’assistance n’ait pas été à la hauteur des compétences et de la passion du vigneron.





Il restait au chauffeur à nous ramener à Epinal, ce dont il s’acquitta sans faute. Et il me faut encore une fois remercier et féliciter Nadine Ribaudo pour la préparation de ce voyage, son organisation, et son pilotage sur le terrain, tout en efficacité et en discrétion.

                                                                                                                                                                                        C.E.

(*) C’est sous ce jour sans doute réducteur et discutable que Napoléon nous est apparu au fond du cachot glacial où il envoya mourir Toussaint Louverture.

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